La rafle-Roselyne Bosch-Critique du film

Sortie le 10 mars 2010

nb: Difficile de faire une critique de ce film à chaud, tout le monde aura un point de vue différent, spécialement sur ce film. La critique qui suit est “à chaud” écrite directement en rentrant de la projo. Je l’ai mise de côté le temps d’une nuit histoire de voir si je changeais des choses ou non. J’ai au final “mis a la corbeille” assez peu de paragraphes. Critique longue, mélangeant avis perso et point de vue ciné…au final elle est peut-être plus un avis perso qu’une vraie critique ciné d’ailleurs mais bon… Donc voilà  mon point de vue sur ce magnifique film.

Suite à l’invitation de Pingoo j’ai été voir hier a l’auditorium de Boulogne la copie de travail du film « la rafle » de Roselyne Bosch. Cela faisait déjà quelques semaines que le nom de ce film me revenait aux oreilles. J’écoutais de façon assez distraite les bruits de couloirs, pas que le film ne m’intéressait pas, mais disons qu’en ce moment j’en vois beaucoup…et je ne peux pas être partout. Du coup ce film avait été mis dans un coin de ma mémoire en attendant de le découvrir à sa sortie. Puis vint donc cette invitation, le tout dans un cadre peu commun…la salle de montage, enfin le studio de montage en présence de la réalisatrice et de personnes de chez Gaumont. La dernière fois que j’avais mis les pieds dans ce bâtiment c’était à l’époque du Pacte des loups…autant dire que cela faisait une éternité. 19h et des poussières, le petit groupe s’avance dans les couloirs de l’auditorium à la rencontre de la réalisatrice Roselyne Bosch. 1er constat, elle est amicale et remplie d’une passion sincère envers son projet, elle prend le temps de nous en expliquer les racines de son film ainsi que certaines anecdotes sur le personnage principal du film.
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Je l’écoute parler religieusement et très vite une sensation bizarre me prend, l’impression vague, mais de plus en plus constante que ce qui m’attend s’annonce peut-être plus massif que je ne le pensais. Il faut aussi prendre en compte que chose rare pour moi, hormis avoir entendu parler du film, en connaître les acteurs et le sujet, je n’en avais pas encore vu une seule image. J’étais donc vierge de toutes idées. Ce qui au final fût la meilleure des choses. Car il faut bien le reconnaître, si j’avais déjà vu le trailer avant de voir le film, j’aurais pu commencer à me faire des fausses idées idiotes. Alors qu’au final « la rafle » m’a surpris du début à la fin dans le bon sens. Ce n’est pas un film facile, ni pathos. Bien au contraire c’est même un film diablement difficile. J’ai du me retenir de pleurer plus d’une fois pendant quasiment tout le film .La scène du vel d’hiv par exemple est effroyable. Chose qui au final est un paradoxe, vu qu’a aucun moment la réalisatrice ne plonge dans le pathos pour obtenir un effet sur notre sensibilité. C’est la force du film et ce quasiment du début à la fin. Ce n’est pas un spectacle, c’est un film Humain avec un grand H. Un livre d’histoire reflétant les parts les plus sombres de notre histoire. C’est peut-être d’ailleurs ce qui fait le plus mal et fout le plus mal à l’aise. En tant que Parisien on repense à tout ces endroits qu’on arpente chaque jour et on les revoit sous un angle pas si lointain (a peine 70 ans) et l’on se dit a quel point on a de la chance d’être née à la bonne époque…

Le pitch du film vaut chacun de mes longs discours :
Joseph a onze ans.
Et ce matin de juin, il doit aller a l’école, une étoile jaune cousue sur sa poitrine …
Il reçoit les encouragements d’un voisin brocanteur. Les railleries d’une boulangère.
Entre bienveillance et mépris, Jo, ses copains juifs (comme lui), leurs familles, apprennent la vie dans un Paris occupe, sur la Butte Montmartre, ou ils ont trouve refuge.
Du moins le croient-ils, jusqu’à ce matin du 16 juillet 1942, ou leur fragile bonheur bascule…
Du Vélodrome d’Hiver, ou 13000 juifs rafles sont entasses, au camp de Beaune la Rolande, de Vichy a la terrasse du Berghof, “la Rafle” suit les destins réels des victimes et des bourreaux.
(De ceux qui ont orchestre.
De ceux qui ont eu confiance.
De ceux qui ont fui.
De ceux qui se sont opposes.)
Tous les personnes du film ont existe. Tous les évènements, même les plus extrêmes, ont eu lieu cet été 1942.

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Je pense que je ne suis pas le seul quand je dis ca,mais comme beaucoup de gens de mon âge, je connais les grandes lignes de la seconde guerre mondiale. Celle de la résistance et de ce qui a changé le visage de la France a cette époque. Mais comme beaucoup je ne connais pas forcément l’intégralité de l’histoire. On oublie peut-être trop vite les côtés sombres, la collaboration et d’autres phases qui n’ont rien de glorieux. C’est justement toutes ces petites zones d’ombres qui ici nous reviennent en pleine tête et autant le dire cela fait mal et pas qu’un peu. Je l’avoue sans honte, mais le fait qu’il y’avait des camps d’internements ou de transit dirons nous pour les juifs en France m’était inconnu. Voir des lieux que je fréquente souvent comme la gare d’austerlitz et réaliser que des années plus tôt c’était de là que partait les juifs pour un voyage sans retour dans le cas de beaucoup fait froid dans le dos. Oui ma vision des choses est naïve peut-être, mais même si cela fait partie de l’histoire de France, c’est aussi le passé. Ce qui résulte à tort d’un intérêt moindre pour l’envie de se mettre les mains dans le cambouis. Ce petit coin où l’en grattant on découvre que sous le vernis tout n’est pas toujours forcément clinquant.

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C’est justement « ces découvertes » et la façon dont la réalisatrice allait le retranscrire cinématographiquement qui me faisait peur. C’est un sujet en or certes, mais c’est aussi un sujet a double tranchant. Tomber dans le pathos ou la grandiloquence hollywoodienne aurait été fatal au projet. A part un ou deux acteurs faisant des rôles historiques dont je n’étais pas fan ( mais sincèrement je chipote) le reste du vrai casting se paye le luxe de faire un sans faute. J’adore Jean Reno et je pense que c’est un grand acteur, même quand il cachetonne dans des productions américaine très moyenne je n’arrive pas à le détester. Ici dans le rôle de ce médecin juif prêt à tout pour aider les siens je le trouve absolument brillant. Son gros talent est que justement à aucun moment il ne dérape, il n’y a pas de gras dans son interprétation. Tout comme Gad Elmaleh qui m’a surpris (après une bouse comme Coco c’était pas gagné…), Elmaleh oublie son image de comique ou de mec sautillant, ici il est au service de l’histoire et apporte sa pierre a l’édifice. L’humilité face au sujet que déploie certains acteurs (ils sont là pour servir une histoire, pas pour faire une course à la performance d’acteur) à cela de bien qu’elle fait enfin ressortir chez eux des choses que l’on ne voyait plus. Elmaleh en est un bel exemple.

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Parmis les rôles que j’ai beaucoup aimé trône celui du petit Joseph et celui de Melanie Laurent dans le rôle de cette infirmière naïve et dépassé par les événements qui va s’endurcir au contact de ce monde qu’elle ne reconnaît plus. Le point commun entre les des acteurs et malgré les années les séparant est l’angélisme de leur visage est la dureté des rôles qui leur incombent. Le fait que l’histoire de ce jeune garçon soit a 95% vraie rend la chose encore plus difficile a encaisser. Car ce que ce gamin de dix ans a vécu et été obligé de faire est monstrueux. Peu ont eu son courage ou l’occasion de le faire. Là encore le film évite la sortie de route dans la façon dont sont mis en avant ces deux personnages. Jamais on ne tombe dans le pathos, la réalisatrice reste sobre, elle n’enjolive pas la situation, la réalité est déjà suffisamment horrible au final. Quand la fin du film arrive on en ressort au final KO debout. On se rend compte que l’on est tout simplement incapable de dire un mot. Bêtement j’ai joué avec mon téléphone pour m’occuper les mains et me donner une contenance, mais cela n’a fait que me rendre encore plus flagrant ce léger tremblement dans ma main droite tenant le téléphone.

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Alors oui je suis quasi sûre que le film va faire débat, en bien autant qu’en mal. Déjà mon sang ne fait qu’un tour en regardant quelques forums ciné et les pseudos débats de personnes n’ayant pas encore vu le film mais déjà a deux doigts d’atteindre le point goodwin. Après avoir vu ce film, lire de telles conneries me fait de la peine. Pourquoi ? Car au final, l’utilité de ce film est de faire réfléchir, de faire un sain travail de mémoire et en lisant les avis de cinéphiles dégainant plus vite que leur ombres des théories foireuses je désespère…. De là a dire qu’il y a encore pas mal de travail a faire pour rappeler a certaines personnes que pas plus tard qu’il y a 70 ans les pires saloperies se passaient dans les belles rues de Paris… Validé par Serge Klarsfeld, le scénario se nourrit de faits historiques, c’est peut-être ce qui est le plus douloureux dans l’histoire. Pourquoi ? Car l’on se met à réfléchir, on regarde la vie qui est la notre aujourd’hui que ce soit en France ou dans d’autre pays, on trouve des points de comparaisons, des relans, des vieux dossiers qui ne demandent qu’à sortir…De nos jours ce n’est pas la guerre ou l’apocalypse non plus, mais certains trucs persistent. On se demande si l’histoire peut servir de leçons ou si au final, tout le monde s’en cogne avec force…

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Face à ce film, l’envie de dire purement et simplement que c’est un petit chef d’œuvre me titille fortement. Pourtant est-ce que ce serait le meilleur service à lui rendre ? Je ne sais pas. Survendre un film peut provoquer un sentiment de rejet automatique chez certains et franchement voilà la dernière chose qui m’anime face à « La rafle ». Il faut prendre en compte que je n’ai vu qu’une copie de travail, un film pas totalement fini et je le trouve sincèrement brillant. La dernière expérience cinématographique qui m’avait retourné a ce point dans un tout autre domaine était ma 1ere découverte en salle de la cité des enfants perdues. J’en étais ressorti incapable de sortir un mot, tremblant et le cerveau en fusion. J’avais été happé par cette œuvre, elle avait allumé tous les boutons de mon esprit. Ici dans un autre domaine « La rafle » m’a provoqué un sentiment assez similaire et pourtant différent…. Il n’y a pas de militantismes, de propagandes, de leçons martelés a la tête du public, il y a juste des faits, des scénettes de vies appartenant à des gens qui désormais font partie de l’histoire. « La rafle » c’est çà, c’est une partie de notre histoire. Donc à l’époque où l’on nous rebat les oreilles avec un débat sur l’identité nationale assez puant, ce film est à mes yeux assez utile. C’est notre histoire, celle qu’il ne fait pas plaisir de voir et qu’on laisse de côté. Cela se passait il n’ y’a pas plus de 70 ans juste chez nous à Paris…Ambiance…

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Donc voilà je pense que vous allez entendre des conneries par milliers refaisant l’histoire et tentant de vous démontrer par A+b que c’est encore un film sur les juifs et que l’on en a assez, enfin toutes les conneries qu’on entend un jour ou l’autre… Oublier les, zapper les… . La rafle avant tout c’est un film universel, c’est ce qui fait sa force, ce n’est pas que l’histoire de juifs qui ont souffert, c’est aussi l’histoire d’hommes et de femmes français au sens large qui ont soit décider de ne pas voir, d’autres qui ont eu le courage d’agir et de se révéler sous un nouveau jour. Ce n’est pas un film « militant » au sens péjoratif du terme comme j’ai pu le lire bêtement, c’est un film historique fin et qui a le bon sens de ne pas enfoncer des portes ouvertes. C’est tout simplement brillant, mais affreusement difficile à se prendre dans les dents au 1er visionnage. A voir absolument.

A lire aussi: ——>la critique de la rafle par 3moopydelfy<—


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13 Responses to “La rafle-Roselyne Bosch-Critique du film”

  1. chandleyr

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  2. gaumontfilms

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  3. Nous sommes tellement d’accord… Je me suis demandé ce que je devais faire de la colère : http://tinyurl.com/ycun4g8

  4. Sympa d’apprendre qu’il va bientôt y avoir un bon film. Je suis venu là après avoir lu ton édito paru sur over-blog à propos d’”Avatar”. Cet édito à une accroche d’enfer mais j’ai eu l’impression en lisant jusqu’au bout qu’à part les effets spéciaux et la 3D le film est d’une telle banalité que tu n’avais rien d’autres à commenter.

    C’est vrai que je ne suis pas un bouffeur de pellicules comme tu sembles l’être. Si je vais voir 2 à 3 trois films par an c’est le grand maximum.

  5. @piro: je t’invite a me reposer la question sur avatar dans le bon topic vu que tu te trouves sur celui de la rafle, vu le sujet et le fait que j’aime énormément ce film, je n’ai pas envie de mélanger les torchons et les serviettes cinématographiquement parlant. Pour la rafle par contre effectivement c’est un excellent film à voir. Le genre de ceux qui sortent de nulle part et qui surprennent au delà de ce que l’on attendait.

  6. je viens de voir la BA au ciné(juste avant “complices” très bon premier film) et j’adore lire sur cette période de l’histoire française mais j’aime assez peu la voir au cinéma.
    Mais le fait que tu insiste sur le fait qu’il n’y a pas de pathos me donne réellement envie d’y aller!

  7. @caro: franchement je suis quasi certain qu’au moment de sa sortie, il y aura malheureusement pleins de gens pour te dire tout et son contraire. Parfois dans le négatif, parfois dans l’ultra positif comme moi. C’est un film qui ne laisse pas indemne et chacun s’adaptera a cela de la façon qui lui semblera le plus adéquate. Perso et c’est ce qui fait pour moi toute la force de ce film, il n’y a pas de pathos. La réalisatrice a l’intelligence de ne jamais en rajouter, les évènements sont déjà suffisamment horribles et pathétiques par moment pour qu’il n’y ai pas besoin d’en rajouter.

    Franchement les films que j’ai envie de défendre sincèrement du début à la fin sont rares celui là fait partie du trio de tête. Un vrai film utile.

  8. la rafle: aucun pathos. pas le moindre. et pas de culpabilisation-je-vais-vous-désigner-coupables dans ce film. c’est la surprise totale. c’est sur le film du rasoir. c’est simplement tellement juste. on en sort sonné. K.O debout.

  9. Ben, alors là, j’ai pas vu le même film. Je veux bien comprendre qu’on ait été touché par le film mais dire qu’il n’y a aucun pathos alors qu’il y a à peu près 1h30 de violon sur 2 heures de film et qu’il n’y a pas de désignation des coupables alors qu’au contraire les coupables sont vraiment très méchants et identifiables en deux secondes…

  10. J’ai adoré ce film. Littéralement, j’avoue que moi contrairement à toi j’ai pas retenu mes larmes. D’ailleurs j’ai du écouler remplir une bouteille au moins. J’ai eu le tripes à l’air. J’ai mon petit coeur qui a bondit.

    J’ai aimé les non dits, les non vus. Loin des images horribles que les films nous réservent habituellement sur les déportations et cette épuration. Point de tortures, point de sang à gogo, les mots et les images poussent assez notre imagination à voir le pire. Les acteurs portent le film d’une manière remarquable.

    Les camps en France y en a eu malheureusement. Drancy a été le choc pour moi. Un jour passer dans cette ville et de découvrir des vestiges de cette époque. (Merci les maniaques de l’histoire de la famille qui te collent chaque vacances depuis la maternelle des visites éducatives, comme quoi ça sert )

    Roselyne Bosch ne liste pas les coupables. A aucun mot elle ne cite de noms. Ou alors j’ai zappé?
    Si vous voulez vraiment vous prendre le chou sur une oeuvre ceux qui critiquent le pathos, la tournure etc… vous n’avez jamais songé à vous faire le procés de Nuremberg? non je dis ça je dis rien, ça calme.

    Les monstres car excusez moi mais comment nommez autrement des personnes qui savent pertinement ce qui attend les gens qu’elles arrêtent, ils sont des gens de tous les jours. Des personnes banales que vous croisez comme la Boulangère. Oui les gendarmes s’occupent de tout pour la Rafle. Oui ce sont eux qui surveillent. Pas les SS, c’est la Collaboration, une période de l’histoire que beaucoup nie et oublie. Les morts et les survivants comme Weissman sont là pour le devoir de mémoire.

    Ce film à une différence, il se centralise sur les enfants. Et ça casse de voir un bébé de 6 mois finir déporter vers une chambre à gaz. Non pas que les adultes, ça ne choque pas. Non, simplement l’horreur à un âge où la douceur, le caca dans la couche devraient être à l’honneur, y a pas de noms pour le décrire ce sentiment d’impuissance et de dégoût qui vous prend au ventre. Celui qui me répond, normal t’es une mère, je lui envoie un annuaire **(je me censure toute seule). Faut être sans coeur pour pas avoir de réactions, bordel!

    La Rafle est à voir pour remettre les pieds sur Terre. Ne pas oublier la nature humaine, les génocides continuent. Les Juifs ont été le plus grand nombre en victimes. La différence n’est pas une raison pour annihiler complétement d’autres êtres humains.

    ps: Merci chandleyr ;)

  11. gaumontfilms

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  12. Une analyse que je partage entièrement, on a finalement perçu ce film de la même façon.

    Enfin bref faut aller le voir !

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