The cove- La baie de la honte (Europa Corp)- Critique du film
Cela devient difficile de nos jours d’émouvoir les gens, rien de péjoratif en disant cela, car justement je parle au sens large. Les gens normaux, les lambdas, les hommes et femmes comme vous et moi qui vivent leurs petites vies en dehors du système parfois ou bien en faisant semblant d’en être un rouage parfait. Oui c’est d’eux dont il est question aujourd’hui. Ceux à qui l’on rabâche sans arrêt les questions d’écologie et de respect de la planète à tout va. Des gens qui au fur et à mesure et c’est dans la grande majorité des cas une évidence n’ont plus forcément envie d’écouter. Pourquoi ? Car le message qu’on leur donne en pâture manque bien souvent d’authenticité et semble émaner de compagnie désireuse de se refaire une image auprès de l’opinion publique. Oui inutile de se le cacher, l’écologie, le respect de la planète, de ses habitants et même par moment juste de soi est un domaine ultra casse gueule. On y trébuche plus souvent qu’on y réussit quand il faut éveiller les consciences.

Et pourtant hier soir en assistant à la soirée Europa Corp de présentation de The Cove « la baie de la honte » film sur les massacres de dauphins au Japon, j’ai découvert que parfois l’homme peut vous surprendre quand il s’engage sur le chemin de la rédemption, tout comme il peut vous donner envie de vomir quand il va sur celui du profit à tout prix. Respecter la nature et les êtres qui la composent c’est un peu avant tout savoir se respecter soi- même ainsi que nos futurs descendant. Avant d’être un film écologique, The cove est un film humaniste qui au final lorsque le générique de fin arrive vous laisse au carrefour de deux choix possible. S’éveiller et comme le « héros » du film tenter d’apporter sa pierre à l’édifice ou bien d’un autre côté rester dans une ignorance volontaire motivé par l’argent ou par le voile de fumée que certaines compagnies vont dresser autour de vous.
Le pitch du film est le suivant : Après s’être fait connaître dans les années 60 par la série Flipper, l’ex-dresseur de dauphins Ric O’Barry est aujourd’hui un défenseur acharné des cétacés. A Taiji, au Japon, il se mobilise contre le massacre de plusieurs milliers de dauphins par an, perpétré à l’abri des regards. Avec l’équipe de l’Oceanic Preservation Society,O’Barry entreprend de révéler la vérité sur Taiji au monde entier. Malgré l’hostilité de la police locale et des pêcheurs, O’Barry et ses complices réunissent une équipe de choc : cadreurs et preneurs de sons sous-marins, spécialistes d’effets spéciaux, océanographes et plongeurs en apnée réputés se lancent dans une opération secrète destinée à rapporter des images de la petite baie isolée…
J’ai toujours eu une relation particulière avec les animaux. Ils me fascinent. Comprendre la façon dont ils perçoivent le monde, tout comme les parasites que nous sommes par moment est quelque chose de vraiment intéressant. J’ai toujours pensé que l’on avait parfois beaucoup à apprendre des animaux de tout poils encore faut-il qu’on le veuille. Bien souvent beaucoup de mondes se cachent derrière des phrases toutes faites comme « ce ne sont que des animaux » ou autres…Animaux certes…mais cela ne leur enlève en rien ce surplus d’humanité qui nous manque. C’est bien souvent ce qui ressort dans ce documentaire quand on voit la façon dont ces dauphins réagissent et dépriment ou bien les sentiments qu’ils laissent transparaître en essayant d’échapper à une mort certaine. Image simple mais efficace de ce dauphin blessé gravement et tentant de s’enfuir affolé vers la baie, chacune de ses remontés à la surface laissant derrière lui une traînée de sang. Il y a quelque chose de profondément tragique et humain dans sa peur de la mort. Elle est d’autant plus révoltante quand le documentaire démonte méthodiquement les raisons de cette chasse…
23.000 dauphins tués chaque année sous prétexte de régulations…car ils seraient des prédateurs pour le reste de la faune aquatique. Chasse que l’on essaye de justifier autrement par la soi-disant vente de cette viande de dauphins qui serait dans la tradition japonaise. Le hic est que la plupart des japonais ne sont pas au courant de cette chasse. Mais l’envie de vomir continue quand on s’attarde sur le trafic monétaire que ces dauphins occasionnent pour tous les pays. On a tous vu des dauphins dans des Marineland sans pour autant réfléchir à ce qui se cachait derrière…Moi le premier. Mes voyages à Sea World quand j’étais môme m’apparaissent différemment aujourd’hui au regard de la vision de ce film. C’est la force de ce documentaire brillant, vous faire remettre en cause votre vision des choses. Ou plus simplement votre position dans la jungle humaine dirons nous.
Car au-delà des massacres de dauphins qui sont la ligne rouge du film (et sans jeux de mots quand vous verrez la fin…) Ce film est un gros message lancé aux générations futures. Si je devais caricaturer je dirais que Louie Psihoyos est une sorte de Michael Moore écologique. Il a compris le pouvoir de l’image et les codes pour aussi bien parler aux profanes que ruser avec l’ennemie. Son épopée est un peu une sorte de Océan 11 de l’écologie par moment. Il suffit de voir l’équipe de casse- cou qu’il réussit à réunir pour faire les images de cette baie soi-disant invisible. Drôle dans les moments où on l’attend le moins, les images de ce réalisateur et le message qu’il fait passer touchent droit au but : en plein dans le coeur. Car au final ils nous montrent les deux facettes de l’être humain, dans ce qu’il a de pire et ce qu’il a de meilleure à la fois.
Car il n’y a pas que des êtres humains vous filant la gerbe dans ce film, il y a des parcours humains incroyable. Comme celui de Ric O’Barry, l’homme par qui l’on pourrait dire tout est arrivé. Il est en effet celui qui a capturé les dauphins jouant le rôle de flipper à l’époque. Série qui mine de rien est à l’origine du « mal » autour des dauphins. C’est d’autant plus fascinant de voir l’homme qui a ouvert la boite de Pandore devenir le plus fervent combattant de la cause de la défense de ces animaux impressionnant que sont les dauphins. Le film suit donc le parcours de cet homme et nous montre son revirement face au problème que représente le massacre des dauphins. Le réalisateur s’amuse à jouer sur la perception que l’on a de ce vieux monsieur. On le prend pour un fou au début, parano et complètement hors de ce monde, puis lentement on commence à voir les différents niveaux de lectures de ce personnage. Mais surtout ce qui est le plus fascinant reste de se rendre compte du chemin qu’il a fait…et du travail d’ouverture de conscience. Les dernières images de son engagement d’ailleurs sont à la fois simple, efficace et triste sur le défi que relève ce personnage. Il est un peu seul contre tous perdu au milieu de la foule…dans tous les sens du terme. Vous verrez en allant voir le film.
Quand au film en lui-même, je dois bien admettre que je le trouve brillant. Pour sa construction intelligente déjà. C’est un peu comme si l’on découvrait le travail du cousin écolo de Michael Moore. Le film est fait pour éveiller les consciences et parler aux néophytes du sujet. Il prend alors pour cela un angle d’approche non dénué d’humour. C’est peut- être un point qui peut déboussoler au début, mais l’effet prend tout son sens quand la fin du film arrive. Un peu à l’image de la situation, le réalisateur prend son temps pour nous démonter un par un les rouages de la machine devant nous. L’écran de fumée est impressionnant comme le blackout autour de ces massacres, mais la vérité une fois derrière tout cela est tout simplement encore plus moche. Le film n’est pas forcément un film facile, car il nous met en face de ce que l’homme à de meilleure ou de pire en réserve. En tant que spectateur, on en ressort un peu déboussolé. Au final cela nous met devant une simple et unique question rester passif ou faire quelque chose ?
C’est en cela que ce documentaire est purement et simplement brillant. Car au-delà de son point de départ, il déploie méthodiquement sa toile pour au fur et à mesure toucher les gens là où cela fait mal. On se retrouve un peu face à soi-même, son approche du monde et juste de soi. C’est peut-être cela qui chamboule le plus. Pas grand-chose à dire de plus The Cove est tout simplement brillant et c’est un film à voir absolument !


22. Sep, 2009 


















Moi qui adore les animaux,j’avoue que voir ça me donne envie de vomir,l’homme est t’il née avec de l’humanité ou cela s’apprend???.En tout cas très bonne critique si ce n’est la meilleur,est a coup sur j’irais voir ce film.
Sympa de voir qu’Europa Corp ne sort pas que des films scandaleux !
Et effectivement, cet article fait écho à bcp d’autres impressions positives glanées ici et là
Salut Nico !
!
Merci pour cet excellent article.
J’aurai l’honneur de le tweeter le premier
“l’homme est t’il née avec de l’humanité ou cela s’apprend???” – Par définition l’humanité c’est l’homme donc cette phrase ne veut pas dire grand chose. Tout ce qui est homme relève de l’humanité, point barre, que ce soit bon ou mauvais là n’est pas la question, arrêtez donc avec ces amalgames sémantiques par pitié !